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La naissance de l’amour

written by Sarah septembre 27, 2017
La naissance de l’amour

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Papillon dans le ventre. Picotements au bord des lèvres. Explosion cosmique. Désirs fantasmagoriques. Et nœuds d’angoisse, terreurs nocturnes, état dépressif chronique. En quelques mots le sac de plomb d’un amour en train de naître.

Cela fait déjà deux mois que je vous parle de tout un tas de choses. D’états d’âme et de doutes. D’indignations et de souvenirs. Et voilà que je m’aperçois avoir totalement occulté un point central, une interrogation infernale. Indissociable de l’Homme. L’amour. Une quête pour certains, une fuite pour d’autres. L’amour c’est un peu comme Dieu, l’infini ou la mort : c’est une idée. Une idée que l’on ne s’approprie jamais vraiment. Une idée qui se révèle à nous, comme le soleil au matin, sans plus d’explication, et qui balaie toutes les croyances acquises sur son passage. Écrasant de ses pas les certitudes que nous nous étions faites à notre sujet.

Prenons mon exemple. J’ai connu assez tôt les plaisirs charnels, sans trop savoir ce qu’il en était ; un peu comme en cours de chimie lorsque l’on suit les instructions et qu’une moue dubitative s’installe sur notre visage, attendant le résultat fumant de l’expérience. En revanche, le sentiment amoureux, dans mon adolescence, a été caractérisé plutôt par son absence. Rien. J’avais ces romances intérieures et, des heures durant, j’aimais en cachette. Mais jamais je ne pus me vanter d’une histoire jeune et passionnelle. Je ne sais pas si le fait de contempler l’amour seulement d’un point de vue extérieur ne rend pas celui des autres encore plus électrique qu’il ne l’est vraiment. Une fois le lycée terminé, j’ai commencé à paniquer. Je me suis repassé le film de ma vie en boucle. J’allais finir vieille fille, c’était certain. Je ne m’attendais plus à plaire. J’étais là, parmi le monde et rien ne se passait. Vous voyez comme l’amour rend idiot : avant même qu’il nous touche, son absence nous ronge.

J’aurais pu me laisser tenter par les soirs sans lendemain, mais à vrai dire les coucheries d’un soir en-tre inconnus, ça ne rentre pas dans mes capacités. Avant tout cela, je voulais juste ressentir. Palpiter de tout mon corps, sentir les bouffées de chaleur m’envahir, ne penser à rien d’autre qu’à lui. Et le jour arriva. Un renouvellement complet de ma façon d’agir, une transformation de tous mes faits et gestes. Avec le recul, c’était un peu comme une nouvelle naissance. L’expérience de l’amour se vit de multiples façons, mais je crois que les prémices du sentiment amoureux ne sont pas si différents d’une personne à l’autre. Premiers symptômes : les mains moites, glissantes avant les premiers rendez-vous. L’estomac serré, le rire accentué, les longues nuits penché sur son téléphone à attendre un message, un signe de vie : en vain. Les lendemains de soirées enchanteresses, lorsqu’il s’en va au petit matin et que soudain la sensation d’un vide immense se crée à côté de nous. À la place qu’il occupait quelques minutes auparavant, reste l’impression qu’il s’agit peut-être de la dernière fois.

Et puis il y a ces paroles que l’on ose se dire qu’à une heure tardive de la nuit ; après le corps, les mots se désinhibent. J’avoue (et je ne pense pas être la seule) parfois me complaire dans l’auto-torture mentale, et me persuader des scénarios les plus catastrophiques. Je préfère toujours me préparer au pire, juste au cas, plutôt que de me vautrer dans une idylle qui se pourrait illusoire. C’est faussement amusant d’y repenser. Alors que chaque instant de cet amour en état de gestation n’est que pure ivresse du coeur et de l’esprit, je peine à me laisser porter. Chaque occasion est bonne pour ruminer. Je m’enflamme dans des théories abracadabrantes dont je suis la seule à en croire la véracité. C’est certain. C’est sûr. Il se fout de moi.

Toutes ces simagrées de mec parfait ne sont que de la poudre aux yeux. Et bientôt, c’est lui qui me glissera entre les mains. J’aimerais être la femme sûre d’elle que j’imagine le soir avant de m’endormir. Mystérieuse et séductrice, dont les charmes ne sont plus à prouver. Et je rame, je rame derrière la peur et l’hésitation. De temps en temps une éclaircie se fait apercevoir. Je réalise à nouveau à quel point ce sentiment naissant n’est que pure beauté. Se languir des jours durant avant l’arrivée du samedi, pour espérer le revoir. Se parer d’une beauté sans pareil et ne songer durant ces nuits embrumées qu’à sa bouche de rhum sucré. J’ai cru mourir de passion, à me voir aimer si violemment. Mon sommeil n’est plus le même. Les nuits se font agitées. Le temps passe, les âmes se concilient, je lui ai ouvert mon esprit puis dévoiler la moindre de mes palpitations.

L’exercice n’est pas facile, je vous parle d’amour. De mon amour. Dans la plus grande des intimités et en termes décousus. Je vous attrape et vous perds. Retranchez dans vos souvenirs, ou peut-être ce que vous vivez en ce moment. Au fil des lignes les sensations se ravivent. Ce n’est plus moi que vous lisez, mais votre propre vécu à présent. Ce n’est d’ailleurs rarement moi puisqu’une fois l’introduction passée, vous vous personnifiez déjà. La naissance de l’Amour. Qui que vous soyez, qu’importe ce que vous avez vécu, ce torrent sensoriel ascensionnel est en nous depuis le début. Depuis le premier pas.

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