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Minute Sexe

written by Sarah septembre 7, 2017
mue magazine mode ethique

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« Le sexe est aussi important que l’air que l’on respire ».

Je ne me souviens plus de qui j’ai appris ces quelques mots, mais ils ont eu le mérite d’attirer mon attention. Sans le pêché de chair, nous n’appartiendrions pas à ce monde. Vous le savez tout aussi bien que moi. Bien que nous soyons destinés à gravir petit à petit les échelons de la pleine conscience, pour l’instant, nous sommes encore tous coincés ici bas. Que ce soit dans le cycle de l’Histoire ou dans celui de notre évolution personnelle, notre rapport à la sexualité s’étend, se rétracte, se tend et se modifie. L’inconnu devient familier, la peur se transforme en plaisir et les doutes en assurance. Des siècles de spécialistes se sont penchés sur la question. Pourtant, le sexe reste un énorme point d’interrogation figé au-dessus de nos têtes. Cette Minute S sonne le glas de la rentrée et, pour l’accueillir, j’ai décidé de vous raconter une histoire qui, cette fois, ne m’appartient pas.
Fini la masturbation intellectuelle. Après vous avoir utilisé comme un journal intime interactif, j’ai décidé d’ouvrir ma porte et d’interpeller l’immensité de la rue. Au programme ce jeudi : plongeons dans les méandres de deux inconnus qui ont bien voulu se confier à moi au sujet de leur petite routine sexuelle. Vous, eux et moi, c’est un peu la même chose à quelques prises de tête près.

La fille à la perle

On s’est assises à la terrasse d’un café qui, en ce moment, se substitue plus à mon salon, tellement j’y passe du temps. La commande une fois servie, nous avons pu commencer notre petit entretien plus qu’insolite. Afin de décontracter l’atmosphère, je lui propose de faire comme si on se connaissait depuis un bout de temps. Je lui ai donc, tout naturellement, demandé où elle en était avec les mecs.

« Oulalaaaa. Je ne sais pas trop où j’en suis. Sûrement parce que je ne sais pas encore ce que je veux réellement. Rien n’est encore défini pour moi. Pourtant, j’en ai rêvé de mon mec parfait. Mais aujourd’hui que je suis une femme (enfin presque), c’est un peu petit plus compliqué. Je peux être attiré aussi bien par le mec mignon qui dit des trucs mignons, que par le gros con qui te rentre dedans et qui, lui, sait ce qu’il veut. Paradoxal, je sais. Mais c’est comme ça. Quand je me retrouve face à quelqu’un qui me plaît, je suis souvent tiraillée entre mon envie de vivre une aventure romantique à durée indéterminée et mon désir de futilité (le fameux coup d’un soir). Quelque chose de court, mais de tendre. En pensant à ces relations, je me rends compte que j’y trouve finalement bien mon compte. Je ne vais pas mentir, quand je rentre avec un mec pour la première fois, j’ai souvent ce petit espoir de me dire qu’il est possible que l’on vive quelque chose de fort. Ce serait inattendu, mais possible.D’autres fois, j’ai juste envie d’assouvir une pulsion bestiale. Mais, souvent, je pense à ce gars qui veut prendre le temps de me connaître avant de me déshabiller, celui qui discute avec moi et me pose tout un tas de questions. Je me sens désiré d’une autre façon, et ça fait du bien.

Malgré cette vie trépidante de conquêtes, il y a des jours où je n’ai envie de voir personne. Soit parce qu’un homme en particulier prend mon esprit en otage et s’approprie mon besoin de contact physique, soit parce que je ressens soudain une nécessitée de retrouver mon moi. L’envie de ne parler à personne, de se plonger dans un livre, de fermer les paupières et de s’amuser des formes que produit la lumière du soleil.

Pour ne plus penser à la personne que je convoitais vraiment, il m’est déjà arrivé de me forcer à côtoyer d’autres gars. C’est drôle ce truc là, non ? De s’obliger à ne pas tomber amoureux, et à voir le sexe comme une solution pour s’éloigner de cette chose. Heureusement, le concept de séduction me plaît beaucoup : j’adore la drague ! J’aime autant draguer des hommes que des femmes. La séduction est, pour moi, bien plus qu’un simple outil pour se retrouver au lit : c’est un plaisir en soi, même quand je sais que ça n’ira pas plus loin. Le simple fait de séduire me séduit.

Prendre les devants n’est pas non plus une chose qui m’effraie. Je me sens assez libre de faire ce que je veux avec qui je veux. Les aventures d’un soir ne sont pas une entrave à ce que je puisse rencontrer un homme qui me plaît vraiment. Le fait de voir des hommes différents et d’avoir une vie sexuelle plurielle n’est pas du tout un besoin. Je le fais quand j’en ai envie et l’envie peut très vite me passer. C’est déjà arrivé que je stoppe radicalement mes habitudes lorsque le sentiment éprouvé pour la personne en face de moi est assez fort pour me suffire.
Tu vois, je crois que finalement, je me sens plutôt bien dans mon rapport à l’autre. Sentimentalement, c’est une autre histoire … »

L’enjôleur de ces dames

Sur la terrasse d’un ami commun, après le dernier barbecue de la saison, on s’est assis tous les deux autour d’une table remplie de souvenirs d’été. C’est ici qu’a commencé notre discussion.

« Moi, je suis accro. Et ça devient plus fort dès que je bois, ou que je fume un peu : ça s’empire. À partir du jour où j’ai connu le sexe (je devais avoir 17 ans) je me suis plongé dans un délire de découverte. J’avais envie de tout savoir, de tout comprendre. Sauf que, très vite, le sexe est devenu pour moi une habitude ; et là ça devient problématique. Dans ma vie je n’ai jamais eu de vraie femme. Enfin si, une fois. Mais je l’ai très vite trompé. Un instinct primaire. En général mes rapports sexuels se font en soirée, dans la chambre d’un inconnu ou directement dans la cage d’escalier. Je les invite chez moi en fin de soirée quand je suis vraiment trop saoul. Il m’arrive parfois de fréquenter des filles régulièrement mais je dois avouer que, pour la plupart, une fois suffit. Le jeu devient vite trop dangereux pour moi ; elle s’attache, du coup je fuis. Les quelques fois où j’ai réellement ressenti un attachement profond pour quelqu’un : je nous ai fait du mal, à elle et à moi.

Ma relation au sexe, je la vis de façon éphémère et instinctive. Comme deux personnes complètement dissociées. Quand une femme me plaît, ma façon de l’aborder va être différente en fonction de mon état d’esprit. Et ça varie beaucoup. Je peux être très cash : l’embrasser sans même lui demander, lui proposer tout de suite de la raccompagner. Il m’arrive aussi parfois de soigner mon jeu de séduction, en essayant de jouer le mec parfait, en lui disant qu’il faut « croire en ses rêves ». Chaque soir, je suis quelqu’un de nouveau, tout en restant le même. 

Et puis il y a ce rapport au temps : rien dans la durée. Même après avoir joui, je me sens sale et, parfois, je culpabilise. Les réactions s’enchaînent rapidement. Il n’y a pas très longtemps, une fille est venue me reprocher la manière dont je lui avais fait l’amour, ainsi que le comportement ignoble que j’avais eu. Je ne me souvenais de rien. J’ai rencontré pas mal de filles et, parfois, je me perds entre celle qui a envie de douceur et celle qui a envie de violence. Plus ça avance, et plus je mets de côté le plaisir de la fille, privilégiant le mien. Avant, je faisais attention à ses envies et à ses désirs. Maintenant, je ne pense qu’au mien et je fais en sorte que la fille s’adapte. C’est là où ça devient dangereux.

Plus le temps passe et plus je me rends compte que je peux faire du mal en ayant des relations de cette façon. Il ne s’agit pas juste de chercher la facilité pour ne pas souffrir. C’est plus que ça. Le soir, quand je vois qu’il n’y a absolument aucune meuf pour moi, j’envoie des messages à des filles avec qui j’ai déjà couché. De manière un peu perverse sur Facebook, je leur demande ce qu’elles font, je leur propose de venir fumer un joint à l’appart ou de venir mater un film avec moi (le fameux netflix and chill). Aujourd’hui, j’en arrive à me dire qu’il faut je trouve un équilibre. Je ne regrette pas les expériences passées, mais la consommation du sexe pur et dur, ce n’est pas la vraie vie. Notre influence du porno, de la société sexy, des pubs à la télé : on consomme du sexe tout le temps. Aujourd’hui, j’ai envie de changer et de passer à autre chose. C’est le cliché du queutard en rédemption, mais je l’assume. »

Ah! Si ma rédac’ chef ne m’obligeait pas à respecter un nombre de mots … Je vous aurais bien raconté moi aussi mes déboires sexuelles et la vie sentimentale trépidante que j’arbore avec mon chéri.
Les boss toujours là pour brider l’inspiration, je vous jure !

Mais j’ai enfin réussi mon pari. Vous faire parler. Et pas de n’importe quelle façon. Je me suis glissée dans votre intimité, comme on se faufile dans des draps de soies. Et toi lecteur, tu as pu pénétrer l’intimité de deux parfaits inconnus : la romantique croqueuse d’hommes et la version contemporaine du Don Juan. L’introspection continue…

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