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Stop aux retouches photos abusives !

written by MUE magazine septembre 26, 2017
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Dans notre second numéro (page 12), chaque membre de la rédaction a choisi de présenter brièvement un des aspects de la mode qu’elle aimerait voir changer en profondeur. On a décidé d’approfondir un peu nos dires, et de vous présenter une à une nos différentes revendications. Place au manifeste mode du MUE magazine ! Découvrez aujourd’hui les convictions de Charlotte, rédactrice engagée.

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On ne compte plus les dérives de l’utilisation des logiciels de retouches photo sur les mannequins, devenu monnaie courante dans le joli monde de la mode. Ce qui est un peu moins courant, ce sont les nouvelles mesures mises en place et les tollés de revendications grandissantes. Alors, qui décide de ce qui est beau, et de ce qui ne l’est pas ? Quelle industrie façonne ce corps illusoire ? Qui donc a décrété que le seul corps pouvant être photographié dans une campagne est une taille 34 au teint de pêche, cheveux longs et regard profond ?

Un modèle nuisible

La publicité est aujourd’hui omniprésente dans notre façon de vivre. 3 000 images publicitaires perçues en moyenne par un citadin moyen, des affiches partout, des slogans à tout bout de champ, des photos de gens heureux et ces femmes qui nous aguichent à tous les coins de rue. Pas besoin d’être un génie pour savoir que rien n’est vrai. Les slogans accrocheurs sont l’objet de longs brainstormings, les gens heureux viennent de se faire blanchir les dents et on a pris le soin de bien relever leurs pommettes, les femmes aguicheuses ne sont qu’un maigre reflet d’une vague personnalité, cachées sous une dizaine de calques PAO. On n’y croit pas, mais on les voit.

Et c’est bien là le problème. Nous, nous savons (à peu près) faire la part des choses. Mais qu’en est-il des générations les plus jeunes ? À qui doivent-elles s’identifier ? Comment les persuader que chaque beauté est unique et que chaque corps est beau, quand leurs copines de classe les accusent de ne pas ressembler à la pulpeuse Beyoncé ?

Complexes d’infériorité, exclusions, obsessions de minceur, rêves de perfection, défis corporels sur instagram et tendance anorexique. Voilà le résultat d’une publicité trompeuse, présentant le corps humain comme une équation mathématique infaisable.

Quand tout le monde s’en mêle

La généralisation des codes de beauté et l’identification aux célébrités sont des facteurs plus qu’importants dans notre société, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui et plus particulièrement pour les jeunes. Il est important de faire entendre certaines voix se rebeller contre ce système de stigmatisation d’une beauté unique, bien souvent rendu ridicule de par son extrême perfection. De nombreuses stars et égéries ont aujourd’hui décidé d’ouvrir le débat, interdisant aux photographes, magazines et marques de prestiges de retoucher leur apparence. On pense notamment à Kate Winslet, personnalité très engagée sur ce sujet, qui ne manque pas de nous rappeler qu’il ne faut pas se laisser hypnotiser par la pub.

Plus étonnant encore, les entreprises et agences de mannequins elles-mêmes se rallient au mouvement. Prenons l’exemple de la marque de lingerie American Eagle qui, pour le lancement de sa collection Aerie, décide de supprimer totalement les retouches photo de l’idéologie de la marque. Garanti 100% sans retouche, leur nouveau mantra : the real you is sexy. Merci Eagle d’aimer nos formes ! Surtout quand il s’agit de lingerie, un milieu où les corps sont souvent dénudés, et toujours bien trop retouchés.

Asos commence également à publier des photos de mannequins non retouchées, laissant apparaître un bout de cellulite dépassant de ces shorts en jean. Breaking News : de la cellulite, tout le monde en a.

Les protestations continuent de gronder et on croit apercevoir un bout de ciel bleu au-dessus de nos têtes. La France qui, jusqu’ici, était un peu à la traîne en refusant la première proposition de loi en 2009 pour une mention « photographie retouchée » apposée aux clichés, vient ENFIN de valider cet amendement au 1 octobre 2017.

Un parti pris en marge

Le sujet est épineux. La photographie de mode est considérée comme un art à part entière, dont le photographe est le maestro de l’oeuvre. C’est lui qui choisit le cadrage, la lumière, la mise en scène, l’espace et dans beaucoup de cas, le traitement de la photo. Cette dernière mention « Photo retouchée » pose effectivement la question de la subjectivité de l’auteur, du cliché et de son indépendance artistique. Où se trouve la limite du choix porté sur le sujet et sa mise en valeur, l’appréciation artistique de l’auteur en somme face à l’ingérence de l’opinion publique ?

À la rédaction du MUE magazine, on ne va pas se mentir : on aime les belles choses. Les belles femmes, les belles photographies. Mais nous pensons que la réalité est déjà assez belle. Nous travaillons nos photos en étroite collaboration avec nos mannequins : si elles sont à l’aise, si elles se sentent en confiance, les photos seront belles sans qu’on ait besoin de les retoucher. Alors, bien sûr, on modifie parfois un peu les couleurs, la luminosité quand elle ne nous convient pas ou encore, on accentue les contrastes. Mais jamais ô grand jamais nous n’oserions vous présenter une fausse réalité. Nos mannequins, nos photographes, nos collaborateurs et maintenant vous, nos lecteurs, savent tous : l’éthique, c’est aussi de savoir s’accepter belle comme on est.

 

 

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