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l’Atelier M et la question du cuir

written by Sarah mai 10, 2017
mue magazine mode ethique

L’ATELIER M

Pour la réalisation de notre premier numéro, nous avons eu la chance de pouvoir collaborer avec la créatrice de l’Atelier M. Installé dans la région de Montpellier, l’Atelier M, est un lieu de savoir-faire unique. Nous sommes tombées sous le charme de l’expertise de Melody Valls, une jeune créatrice de passion qui crée au fil du temps, des couleurs, et de ses envies. Spécialisée dans le travail du cuir, la créatrice s’est formée au métier de tanneur au cours de sa formation chez les Compagnons du devoir et du tour de France, où elle a pu se familiariser avec les techniques traditionnelles et le savoir-faire de précision que demande le travail de la peau.
Toutes les pièces sont confectionnées avec une exigence du détail unique, aussi bien dans le choix et l’arrangement éclectique des couleurs, que des matières. L’atelier M associe ses plus nobles matières pour ravir sac, pochette, bracelet, montre et tant d’autres modèles designés à partir de différentes peaux. Attaché à son savoir-faire, l’Atelier M cherche à promouvoir l’artisanat propre au monde des tanneurs.
Afin de pouvoir allier esprit créatif et savoir-faire passionné, l’Atelier M propose un accompagnement personnalisé depuis le choix des peaux et des couleurs jusqu’à la confection du modèle. Ces entrevues réveilleront vos zones créatrices et feront de votre sac une pièce unique à l’histoire et la conception intemporelle.
Nous avons admiré, en visitant l’Atelier M, tous les savoirs que renfermait cet endroit. Au croisement entre innovation et conservation, la qualité du travail est, ici, de rigueur. Acharnée, colorée, Melody a un caractère d’exigence, indispensable au monde du luxe.
 

Si nous avons fait le choix de vous présenter cet atelier aujourd’hui, c’est aussi pour pouvoir vous parler de cuir. De peaux et de convictions. L’idée que l’on se fait de l’éthique vestimentaire chez le MUE est simple : se sentir concerné, impliqué, défendre l’environnement et les travailleurs, porter des vêtements stylés et non destructeurs, sans pour autant devenir un bobo ultraconservateur de la graine. Cette question du cuir nous intéresse, car elle pose un débat défendable pour les deux partis. Bien entendu, nous ne soutenons ni l’exploitation animale, ni la souveraineté de l’homme. Mais alors, que faire ?

SOUTENIR LE CUIR ?

Que l’on soutienne le travail du cuir ou non, nous ne pouvons réfuter qu’il constitue un véritable savoir-faire français. De par nos traditions et notre attachement à la précision, la qualité et la haute-couture, la France est un atout compétent dans la fabrication de cuir à l’échelle nationale et internationale. Selon l’INSEE, en 2014, le nombre d’entreprises qui ont bâti leur activité sur l’exploitation du cuir est supérieur à 8 000, représentant plus de 70 000 emplois sur le territoire. À l’échelle internationale, la France est haut placée sur l’échelle des acteurs de valeur du cuir. Le travail de la matière animale constitue donc une valeur nationale, englobant créateurs, tanneurs, expertises et main de maître. Devons-nous vraiment tirer un trait sur cet artisanat ancestral ?

BANNIR LE CUIR ?

Avoir des valeurs écologiques c’est aussi comprendre la dépendance réciproque de chaque être vivant sur terre. Se revendiquer vegan (mode de vie fondé sur le refus de toute exploitation des animaux) est un choix de vie qui peut résoudre une partie du problème. Mais l’homme est encore et toujours perçu comme un carnivore, qui a tendance à voir ses besoins comme prioritaires et irréfutables. Toutefois, le mode de vie vegan nous force à repenser dans son intégralité notre façon de manger, de s’habiller, de se soigner, de vivre ; ce qui s’avère être une tâche difficile. Très peu sont les vegans qui ne portent pas de cuir, mais mangent de la viande. Ou l’inverse. Doit-on obligatoirement choisir entre tout ou rien ?

 

TROUVER UN JUSTE MILIEU ?

Nous pensons qu’en termes de mode, il est un peu hypocrite de bannir toute forme de cuir animal lorsque l’on consomme, dans notre assiette, de la viande au quotidien. Attention ! Nous ne souhaitons nous positionner ni en tant que porte-parole de la cause animale, ni en tant que défendeurs de l’exploitation du cuir. On vous voit venir avec vos sourcils froncés et vos regards moralisateurs. Nous revendiquons la possibilité d’user d’un cuir animal de manière considérée et saine. Les mangeurs de viande n’en finiront pas d’exister, les adeptes du cuir non plus. Pouvons-nous allier les deux dans un consensus harmonieux ?

Nous pensons qu’il est possible de trouver un juste milieu entre radicalisation capitaliste et totalitarisme vegan. Un terrain d’entente pour ceux qui, comme MUE, n’ont envie d’appartenir à aucun de ces deux partis. Ce juste milieu, c’est l’attention, l’information, la retenue et la raison. Nous n’avons pas besoin de manger trois steaks par jour, ni même de nous vêtir entièrement de cuir. La solution se trouve dans la modération. Ce n’est pas pour autant qu’il faut s’enfermer dans une tour d’ivoire et attendre que le monde s’effondre. Il faut, comme pour beaucoup de produits dans la mode, être vigilant et bien se renseigner sur la manière dont a été produit l’article convoité. L’idéal, serait de pouvoir construire une chaîne alimentaire qui réponde aux besoins des normes de la terre et de la production, en faveur d’une consommation cohérente et naturelle, laissant de côté la demande frénétique des consommateurs, qui se régulera au fil du temps.

Notons toutefois qu’aujourd’hui, le cuir trouve, lui aussi, des alternatives. Saluons et admirons l’ingéniosité des nouveaux modes de production de la matière à base de fibres végétales. La production de vêtements, de sacs ou d’accessoires à base de souches végétales, de champignon, d’hévéa, de thé, d’algue et même d’ananas, se répand se modernise de plus en plus. Grâce à des entrepreneurs ingénieux, l’offre se diversifie un peu plus tous les jours, proposant des alternatives bien meilleures que le simili cuir très polluant ou l’élevage intensif à outrance. Pour résumer, nous ne sommes ni dans l’incitation, ni dans l’interdiction. Nous, notre truc, c’est plutôt la mutation.

Vous êtes nombreux à avoir de bonnes idées. Pourquoi ne pas les partager ?

Nous serions ravis d’alimenter ce débat avec vous. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire juste en dessous.

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  • Charlotte Ricaud

    Hello ! Merci de votre article et du partage de votre point de vue sur le cuir. C’est justement une des questions que je me pose en ce moment et surtout depuis que j’ai vu que Paul Marius est désormais implanté dans l’Ecusson <3
    J'ai du mal à me faire un avis sur ces marques tant que leur éthique, leurs valeurs et leur mode de travail n'est pas clairement affiché. Là, pour Paul Marius on voit sur leur site https://www.paulmarius.fr/maroquinerie-artisanale.html "PAUL MARIUS peut compter sur 450 artisans collaborateurs Indiens ainsi qu’une quarantaine de collaborateurs Français." Ok mais comment sont traités les cuirs ? et les vaches ? et les travailleurs ? Personnellement j'ai énormément de mal à faire confiance quand je ne suis pas informée sur les pratiques. Je suis du genre à fouiller pour savoir ce que je porte. Pour l'atelier M (dont les créations sont clairement canons !), je reste tout autant sur ma faim. Oui, la créatrice est talentueuse et oui, les pièces ont l'air d'être une extrême qualité mais… les vaches ? leurs vies et leurs morts : dans quelles conditions ?

    La question du cuir est une question fondamentale pour moi quand il s'agit de s'habiller (surtout les chaussures, sacs et ceintures :D) et je vous remercie d'avoir abordé ce sujet. Pour toutes les raisons que vous évoquez, j'ai envie de soutenir ce savoir-faire et cette tradition qui peut perdurer sans cruauté mais je suis à la recherche de plus de transparence, ce qui ne semble pas être la priorité des marques alors qu'il en existe certainement qui essaient sincèrement de diminuer leur impact. Personnellement, je n'arrive plus à acheter de pièces en cuir sans ces garanties (et ça me désole ! D'autant qu'il semblerait que le cuir "végétal" ne soit pas à la hauteur de nos attentes concernant son impact environnemental…)

    Au plaisir d'échanger avec vous sur ce sujet si vous avez des infos que je n'aurais pas 🙂