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Cinq ans après Rana Plaza

written by Camille avril 19, 2018
Cinq ans après Rana Plaza

En ce mois d’avril, nous célébrons un triste anniversaire : il y a cinq ans s’effondrait l’usine textile Rana Plaza 18 au Bangladesh, entraînant la mort de plus de 1100 personnes et en blessant plus de 2000 autres. Il y a cinq ans, une onde d’effroi secouait la planète.

24 avril 2013 : contexte

Les accidents sont par définition accidentels. Nous en conviendrons tous. Cependant, selon le responsable de la sécurité civile et de la lutte contre les incendies du Bangladesh, Ali Ahmed Khan, les quatre étages supérieurs de l’immeuble avaient été construits sans permis. Et selon des médias bangladais la veille de la catastrophe, des inspecteurs avaient découvert des fissures dans le bâtiment et avaient requis son évacuation et sa fermeture. Le matin, à l’arrivée devant leur lieu de travail, les ouvriers refusent d’entrer. En cause, des fissures apparues la veille. La direction des ateliers textiles menace de retenir les salaires ou de licencier les employés qui protestent ; ils prennent finalement leur poste. Une heure plus tard, panne de courant. Vers 9 heures, le sol commence à trembler. En deux minutes, le bâtiment s’effondre complètement, n’épargnant que le rez-de-chaussée et ôtant la vie à près de 1 200 ouvrières et ouvriers.

Des responsables de cette tragédie ?

Une question simple à laquelle il est pourtant difficile de répondre. Cela aurait bien arrangé tout le monde, mais il n’y a pas un unique responsable tout indiqué à pointer du doigt. Par conséquent, toutes les parties prenantes ont, dans un réflexe d’auto-défense, entreprit de nier en bloc et de rejeter la faute sur les autres. La direction de l’usine, les gouvernements, et, évidemment, les marques. D’ailleurs, rien que l’identification des marques clientes du Rana Plaza est un vrai casse-tête. Aux États-Unis, pas de problème puisque les marques doivent rendre leur filières d’approvisionnement publiques dans des registres d’importation. Toute autre histoire en Europe : de tels registres n’y existant pas et les entreprises européennes n’ayant pas d’obligation de révéler leurs filières d’importation, des personnes sont allées fouiller les décombres afin de trouver des étiquettes de vêtements. Pour n’en citer que quelques-unes, des étiquettes Primark, Lee Cooper, C&A, Mango, Benetton, Lefties (coucou Inditex !), Auchan, Carrefour ont été trouvées en grand nombre… Ces marques n’ont pas été attaquées. En effet, selon Carrefour par exemple, la présence de nombreux vêtement TEX (marque textile Carrefour) sur les lieux ne « constitue pas une preuve suffisante que le groupe ait jamais été client du Rana Plaza ». Ah bon.

Même en tant que simples citoyens du monde, le fait de chercher un coupable revient à se voiler la face : le coupable, c’est aussi nous. Nous qui, pour un vêtement coup de cœur fermons les yeux sur ses conditions de fabrication, nous qui faisons semblant de croire que les prix si bas puissent garantir un bon traitement des ouvriers, nous qui demandons toujours plus de nouveautés, nous qui voulons être à la pointe des tendances pour pas cher et alimentons ainsi la fast fashion.

 

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crédit photo : Bryan Berry, Fashion Revolution San Francisco 2016

Plus jamais ça : mais comment ?

Cette catastrophe a prouvé que le premier pas vers une responsabilisation des marques est une plus grande transparence quant à ses sous-traitants. La France a été, en 2016, le premier pays à tirer des conséquences législatives du drame du Rana Plaza, avec la loi Devoir de vigilance, surnommée « loi Rana Plaza ».  Selon la proposition de loi, les marques auront l’obligation d’établir un « plan de vigilance » concernant les droits de l’homme et le respect de l’environnement chez leurs sous-traitants et fournisseurs réguliers. Ne s’appliquant qu’aux entreprises de plus de 5 000 employés en France ou 10 000 en France et à l’international, une loi qui concerne environ 150 à 200 entreprises françaises. Celles ne mettant pas en œuvre ce plan encourraient une amende allant jusqu’à 10 millions d’euros. Mais cette petite avancée était trop belle pour être vraie : en février 2017, le Conseil Constitutionnel vote ce projet de loi mais choisit de censurer les dispositions prévoyant des amendes. Un pas en avant, un pas en arrière…

Les ouvriers bangladais, à qui cette tragédie a donné du courage et qui, grâce à de nombreux organismes ont été informés de leurs propres droits, se sont eux aussi mobilisés : avant l’effondrement du Rana Plaza, on comptait en tout et pour tout deux syndicats dans le pays – un an après, ce nombre s’élevait déjà à cent trente.

 

« Le collectif FASHION REVOLUTION incite chacun à consommer la mode autrement, à s’interroger sur ceux qui la fabriquent et à réfléchir aux atteintes portées à l’homme et à l’environnement tout au long de ce processus complexe, impliquant de nombreuses opérations de par le monde. » Fashion Revolution France

 

Tout le monde a le pouvoir de faire changer les choses. Quelques jours avant le début de la Fashion Revolution Week 2018, plus que jamais nous avons le devoir d’interpeller les marques avec cette simple question, « Who made my clothes ? » (Qui a fabriqué mes vêtements ?), le devoir de nous souvenir et le devoir de nous renseigner sur une marque avant d’acheter.

Faut-il pour autant boycotter le Made in Asia ? Non ! Dans ces pays en plein essor, l’industrie  du textile est un des premiers secteurs d’emplois et contribue grandement au développement. Pour reconnaître les marques qui respectent leurs ouvriers, de nombreux labels existent. Nous vous conseillons de lire notre article consacré aux labels dans notre premier numéro – comment, vous ne l’avez pas sous la main ? On a pensé à tout : lisez-le ici page 12.

 

 

FASHIONREVOLUTION.ORG/EUROPE/FRANCE

 

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