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Absurdités et conformisme

written by Sarah juillet 27, 2017
Absurdités et conformisme

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Lorsque je prends le temps de m’asseoir sur un banc, peu importe le lieu, l’heure ou le temps, les innombrables vies scellées à la mienne défilent sous mes yeux, se dirigeant vers leur destin étranger au mien. Ces bouts d’êtres chevauchants la vie avec maladresse ou détermination, ces jambes pressées qui court du matin jusqu’au soir. Je me languis ces moments d’accalmie où, de tout mon regard, je peux les observer. Et puis je me dis… MERDE ! Oui j’injure, j’appose le juron, car il faut bien reconnaître que, même en ayant le titre d’êtres vivants les plus sophistiqués, doués de conscience, de réflexion et d’innovations, on pourrait être un peu plus originale que ça. Ne croyez-vous pas ? On a beau envoyer des fusées sur la lune, débusquer des galaxies à des années lumières, résoudre des équations au quatrième degré (pas moi, je vous rassure!), nous sommes encore très peu à avoir la fâcheuse manie de recopier sans trop de saveurs ni d’imagination ce que la société nous propose (impose). Bêêêêêêh disait le mouton. Quoique l’on puisse penser, quand je regarde un instant ces passants et, bien que j’aurais adoré avoir une vision ultra-sensorielle me permettant de sonder leur intérieur, mes yeux se posent arbitrairement sur leur allure.

Oui chers amis, quoique l’on a pu vous répéter, j’ai le regret de vous annoncer que l’habit fait souvent le moine. Un moine, sans sa toge marron et son capuchon, n’est plus qu’un moine dans son profond intérieur. Et là, bien sûr, vous allez me dire que l’on se fout de sa toge, et que le plus important c’est qu’il ait un cœur de moine. Oui, d’une certaine manière vous avez raison. Mais ce moine, pour se sentir doter d’une mission différente du reste du commun des mortels, a besoin d’être vu comme différent. Et bien, figurez vous que c’est pareil pour tout le monde ! Allons, faites-moi plaisir ! Sortez vos chapeaux, vos robes à carreaux, vos chemises à fleurs. Portez des tutus roses si cela vous chante ! Osez affirmer les couleurs qui vous animent, enfilez des collants à paillettes et une parka en vinyle si cela vous plaît. Nous n’avons pas le temps de se restreindre. Nous n’avons pas le temps pour ces conneries de préjugés.

Je me souviens d’une période ingrate de ma jeunesse. Vous savez cet âge où le corps quitte l’enveloppe angélique de l’enfant et vous inflige appareils dentaires, acné, teint grisâtre, cheveux indomptables et j’en passe… Le package de l’adolescence. Il y a une histoire dont je me rappelle avec précision. C’était l’hiver de ma première année de collège ; j’étais donc en terre hostile. J’habitais en banlieue, entre les HLM et les entreprises du CAC 40. Le décor du traumatisme est posé. Juste avant que le grand froid n’arrive, mon père avait choisi pour moi une doudoune verte fluo, en promotion. Je m’en souviendrais toujours. Il m’avait alors ordonné de la porter tous les jours pour lutter contre le froid. Et, tous les matins, avant d’aller au collège, j’enfilais ce fardeau, osant à peine me regarder, sous l’œil vérificateur de mon père. À peine m’étais-je approché de la zone d’arrivée des élèves que je la retirais avec hâte. J’avais beau essayé de la compacter le plus possible, l’épaisseur de la doudoune et sa couleur criarde, me paraissait évidente aux yeux de tous. Je me précipitais vers le casier d’une amie, la suppliant de bien vouloir me laisser la cacher. Une fois débarrassé de la chose, j’avais enfin le sentiment de ne plus être un petit pois ambulant ou la cousine de Shrek. Les journées passaient, j’étais grelottante et endolorie par le froid, mais j’étais libre. J’étais surtout terrorisée. Terrorisée à l’idée que mes camarades se moquent de moi. Que l’on me regarde de travers, être exclue, assignée au banc des répudiés. Loin de nous le temps où, enfant, les yeux écarquillés, émerveillés par l’infiniment grand et l’infiniment petit, peu de choses nous importaient, hormis notre curiosité. Dans la cour de récré, les codes sociaux, physiques et vestimentaires n’avaient aucun effet. La vie coulait le long des rires insouciants et des balles aux prisonniers. Jamais, je ne me sentais belle ou mal fagotée. Je pouvais bien avoir une queue de cheval réunissant tous mes cheveux en un nœud informe, rien ne pouvait m’abattre. Mais l’arrivée dans la cour des  »grands » a sonné le début du conformisme et des complexes.

Les années sont passées, la tolérance aussi.

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